Mon ami Le Ravi

Ce doit être l’époque. Le dérèglement climatique. La pollution. L’affirmation autorisée et décomplexée des haines toutes faces. Ou l’indifférence bavarde… Mais il y a comme une odeur de canard cramé qui laisse une manière d’amertume dans l’air.

Nos confrères et amis du Ravi sont en danger de mort. Depuis des années, à l’abri derrière son bec en coin et son allure débonnaire de palmipède unique en son genre, il dessine, raconte, raille, épingle, aime notre région, ses humains, leurs grandeurs et leurs inénarrables turpitudes.

J’ai bien essayé d’écrire un papier circonstanciel, du genre pré-nécro lacrymée de frais mais ça ne vient pas. Et je crois que cette incapacité tient à une connerie. La proximité. La complicité. La kamaraderie. C’est ça. La Kamaraderie.

Au Ravi, Marseille Plein Nord a d’abord des Kamarades.

Quand Jean-François Poupelin, journaliste au Ravi, a pointé sa face de blondin à hublots, j’ai souri. Avec Linda Écalle, ils voulaient venir profiter du populo des quartiers nord en proposant d’organiser des ateliers de journalisme participatif. Ben voyons mon colon, eussions-nous pu nous esclaffer.

Mais… L’idée tombait plutôt bien. Nous étions installé dans la cité des Flamants depuis toujours. Nous abritions dans notre cyber-espace, le 1er du territoire qui naquit en 2000, la webtv BAT13TV (de bâtiment 13 où nous résidions) que nous avions créé en 2007. Et nous proposions depuis 1993 aux habitant-es de la place de s’acoquiner avec l’information en participant à la produire.

Nous avons donc intimé l’ordre à toutes celles et ceux que ça intéressait de venir rencontrer l’équipe du Ravi, d’écouter la proposition et de décider si ça valait la peine d’y répondre positivement. Ou s’il était plus amusant de plomber le plumage…

Une première rencontre s’est donc tenue, en 2015, dans les locaux de Média2, à laquelle une vingtaine de personnes ont participé. Linda Écalle a présenté le cadre du projet. Et Jean-François Poupelin, ce que pourrait être le thème et le contenu des futures productions communes.

Évidemment, poli-es, les participant-es ont levé le doigt pour dire à nos déjà presque amis que ça pourrait le faire, à condition que le thème ne soit pas celui proposé par le Ravi mais celui imaginé par eux.

Évidemment ce fut le cas et pendant plusieurs semaines, la rédaction ainsi composée s’est escrimée à discuter, échanger, manger, s’engueuler, se marrer, interviewer, écrire. Et poser pour la photo de famille que les dessinateurs narquois du Ravi ont transformé en une série de petites caricatures. Le résultat fut publié dans les colonnes du mensuel.

Puis, le Ravi, ravi de la tournure des événements, est revenu à la charge. Et d’autres ont à nouveau répondu. Ainsi, depuis 2015, nous avons, ensemble, des heures durant, réalisé plusieurs tirés-à-part, une émission de radio et un plateau tv.

Nous avons, grâce à l’élan impulsé par ces rencontres et notamment la présence de Jean-François Poupelin, inventé, créé et publié un journal : Le Mesclun. Lequel était entièrement conçu et réalisé par des habitant-es de ce quartier des quartiers nord de Marseille.

La dernière production commune entre le Ravi et MPN fut conduite avec une petite équipe de femmes du centre social Flamants – Iris. Elle date de décembre 2019.

Le thème choisit était prémonitoire : Faire alliance, l’importance des réseaux.

Aujourd’hui, ce sont les Kamarades du Ravi qui ont besoin que les réseaux personnels, amicaux, confréristes, politiques, éthiques, philosophiques, militants, se secouent un peu le larfeuil et chantent en chœur le refrain du canard d’enquêtes et de satire : On n’achète pas un journal libre. On finance son indépendance.

Cette dernière envolée fait frémir vos petites plumes ? Faites donc qu’elles s’ébrouent au-dessus du chéquier, pointure 44 e.

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Mon ami : LE RAVI