« Je ne me marais pas pour mes parents »

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A 70 ans, Liliane Aloui, habitante de la cité des Flamants, dans les quartiers Nord de Marseille, a eu le temps d’avoir mille vies. Entretien avec cette coquette grand-mère blond platine.

Vous êtes née où ?
Je suis née à Tours.

Quand et pourquoi êtes-vous venue en France ?
Moi je suis née en France, mais je me suis marié avec un Tunisien. Et je suis partie en Tunisie et j’y suis restée 18 ans sans revenir en France.

Lilianne Aloui
Lilianne Aloui

Pourquoi êtes vous venue à Marseille ?
Quand je suis revenue en France, je suis revenue à Lille. Mais c’était trop loin quand on voulait rentrer en Tunisie, le voyage était très très cher. Alors on a débarqué à Marseille. On a trouvé au départ un petit studio à la Belle de Mai, et on est resté. Et la famille s’est agrandie, voilà.

Quels souvenirs gardez-vous de vos grands-parents ?
Mes grands-parents, j’en garde de bons souvenirs. Ils habitaient la campagne. On prenait le car pour y aller. Il y avait à peu près une heure de route. Quand on avait des vacances, on s’y retrouvait avec (rires) mes cousines. On passait de très bonnes vacances : on faisait des jeux, on avait des bicyclettes, on jouait avec les animaux… L’été, quand c’était le moment des récoltes on faisait des grandes fêtes, avec des grandes tables, c’était bien, c’était convivial.

Quelle était votre activité professionnelle ?
Je travaillais chez une dame très riche sur la Corniche à Marseille. C’était la femme d’un ancien PDG de la Société Marseillaise de Crédit. Mais je n’y faisais rien, puisqu’il y avait une femme de ménage, un jardinier, tout. Elle était malade et j’étais en quelques sortes sa dame de compagnie. On faisait six mois à Marseille et six mois à Mouriès, dans les Baux-de-Provence. Donc on avait 160 m2 de marbre sur la Corniche et quand on arrivait à Mouriès, on avait la piscine olympique. J’y allais avec mon mari et mes petits enfants.

Et du coup, vous étiez riche aussi ?
Je n’étais pas riche. Mais je n’ai jamais été pauvre.

À quel âge vous êtes-vous mariée ?
Je me suis mariée à 22 ans.

Votre famille était-elle d’accord ?
Rires. Ah, ça alors. Pas du tout d’accord !

Pourquoi n’était-elle pas d’accord ?
Parce que j’épousais un musulman. Un Arabe. Et ça, ça ne se faisait pas chez nous. Surtout à Tours. C’était vraiment la catastrophe. Et moi j’ai été la deuxième catastrophe de ma famille ! Ma cousine Patricia s’était mariée avec un Allemand. Elle, on l’a carrément foutue dehors le jour de son mariage. On n’en n’a plus jamais entendu parler. Et moi en deuxième. Avec mon Arabe…Ça a été catastrophique. Mais bon. Je me mariais pour moi. Pas pour eux. Alors, j’ai pris mes jambes à mon cou et on est partis. On fait notre vie.