« Les voisins venaient chez nous voir la télé »

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Pour les ados d’aujourd’hui, impossible de s’occuper sans smartphone, sans télé et sans tablette. Pas de série, de téléréalité, de foot, de musique, de jeux vidéo… Pourtant, certains ont réussi.
Entretien avec Nadia Khémiri, 56 ans et quatre grands enfants. Elle a grandi dans le quartier de La Pomme à Marseille sans les NTIC. Ou presque…

Est-ce qu’avant il y avait la télé ?
Mon père aimait frimer. Alors que nous n’étions pas des gens aisés, on a fait partie des premiers Arabes à avoir la télé dans l’immeuble. Pareil pour la machine à laver, la cocotte minute… Ma mère en était tellement heureuse qu’il n’y avait pas un jour sans qu’elle ne fonctionne. Les voisins venaient voir la télé chez nous. Mon père disait qu’il fallait partager. Nous, ça nous embêtait. Ca provoquait des querelles entre mon frère qui voulait regarder des westerns, et le fils de notre voisin qui, lui, voulait regarder Zorro. Finalement, mon père a décidé d’arrêter d’inviter les voisins.

Nadia Khemeri
Nadia Khémiri

Alliez-vous au cinéma ?
Une fois par mois, avec mon frère on allait au Gyptis, à la Belle de Mai. Il passait des westerns et des films de Bruce Lee. Au «Variétés», on voyait des films hindous ! On allait aussi à la patinoire. À Cantini. Je faisais de la randonnée avec la «Fraternité de la Belle de Mai», une congrégation religieuse qui faisait office de centre social. C’était les jeudis, on allait vers Mazargue. Ça coutait deux francs et tout était pris en charge. Avec eux, on allait aussi dans les musées, au jardin zoologique, à l’usine de chocolat. On en ressortait les bras chargés. On faisait aussi de l’escalade. On allait à la mer. Aux Prophètes, qui était une plage familiale. Celles du Prado n’avaient pas encore été aménagées. En famille, on se baladait en ville, sur la Canebière. C’était quelque chose quand on disait qu’on y allait. Il y avait toujours des choses à voir, des concerts, des clowns… On ne rentrait jamais sans avoir mangé une pizza à la gare de l’Est, à Noailles.

Écoutiez-vous de la musique, alliez-vous à des concerts, quand vous aviez notre âge ?
C’est venu plus tard, vers 17-18 ans. Dans le centre ville, sur la Canebière, il y avait des concerts gratuits. Il y avait des chansonniers. Je suis aussi allée voir Michèle Torr et Mireille Mathieu en concert. Je les aimais beaucoup. Il y avait aussi Frédéric François. C’étaient des soirées à ma portée. Plus que les grandes stars de l’époque comme Johnny, Claude François, Adamo ou Mike Brant.